Damien Cottier
Conseiller national, Président de VignobleSuisse (Fédération suisse des Vignerons)
Le secteur vitivinicole suisse traverse une crise majeure. Du jamais vu depuis des décennies ! Et nous ne sommes pas seuls, la consommation de vin diminue de manière structurelle depuis longtemps en Europe et dans le monde. Selon l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), la consommation mondiale a chuté de 3,3 % en 2024 pour atteindre son plus bas niveau depuis 1961. En Europe, de plus en plus, des vignobles s’arrachent ou des vins se distillent…
Le vignoble suisse souffre à double titre : d’une part les habitants de notre pays consomment de moins en moins de vin, d’autre part les autres pays producteurs cherchent à exporter dans des pays sans réelle protection à la frontière et à fort pouvoir d’achat, la Suisse est une destination du choix pour eux.
Le léger rebond de 2025 qui a vu les Suisses consommer davantage de vins de notre pays qu’en 2024, principalement des vins rouges, est un petit signe d’espoir mais qui ne doit pas nous tromper : si nous avons bu un peu plus de vins suisses en 2025 que l’année précédente, la baisse par rapport à 2022 ou 2023 reste marquée dans tous les domaines.
La déconsommation semble être la raison principale de ces difficultés : le consommateur se détourne du vin pour de multiples raisons, certaines bonnes (prévention routière, attention à la santé par une consommation modérée), certaines moins (campagnes à relents hygiénistes, goûts en évolution, …). Les jeunes générations, en particulier, semblent se détourner du vin.
Dans ce contexte les organisations vitivinicoles nationales comme VignobleSuisse, en étroite collaboration avec l’Interprofession de la vigne et des vins suisses (IVVS), travaillent à des solutions. Des première étapes ont été franchies : le Parlement a triplé le budget pour la promotion des ventes des vins suisses. Il a aussi soutenu la demande de la branche d’introduire une possibilité de « réserve de vins », afin de pouvoir lisser l’offre indigène face à des aléas de production et stabiliser les parts de marché.
La branche travaille par ailleurs à d’autres pistes, notamment l’innovation, d’avantage d’exportations, la fidélisation de consommateurs nationaux, une meilleure promotion des vins suisses dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et de la grande distribution. Un travail se fait aussi sur des réformes structurelles : le redimensionnement du vignoble reçoit un soutien fédéral à hauteur de dix millions de francs en 2026/2027 et des soutiens dans certains cantons.
Enfin le Conseil fédéral a mis en consultation une modification des règles du contingent tarifaire afin qu’à l’avenir il soit réparti selon la prestation fournie en faveur de la production suisse. Ce serait un pas important vers un rééquilibrage de la part des vins suisses et étrangers dans la consommation nationale.
Ces pistes, et d’autres développées dans une stratégie vitivinicole 2030‑2040 de VignobleSuisse et de l’IVVS, en coordination avec Swiss Wine Promotion, doivent aider la branche à passer un cap difficile et à s’orienter vers l’avenir avec de meilleures conditions-cadre. Pour réussir, la branche doit s’exprimer d’une manière aussi unie que possible. Et, surtout : il faut que les consommateurs redécouvrent les beaux atouts des vins suisses : qualitatifs, variés, durables et, comme la vigne, profondément ancrés dans notre terroir.
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