François Montet Président de la Fédération Vigneronne Vaudoise

TRIBUNE LIBRE : Tapis rouge aux contingents d’importation

François Montet
Président de la Fédération Vigneronne Vaudoise

 

L’histoire est bien connue. Dès la fin du siècle passé, de nombreux accords de libre-échange se sont succédé pour garantir la prospérité du pays. C’est la fin d’une économie planifiée pour l’agriculture. La viticulture n’échappe pas à ce bouleversement et fait partie de la corbeille de la mariée. Un âge d’or s’ouvre pour les importateurs de vin, favorisé par un contingent beaucoup trop élevé, des taxes d’importation ridiculement basses, l’abandon de l’obligatoire cours de marchand de vin et l’absence de contrôle de cave jusqu’à 100 000 litres de vin en bouteilles scellées. Les slogans fleurissent alors pour dessiner le futur succès du vignoble suisse : compétitivité, qualité, positionnement, expor­tation, résilience, j’en passe et des meilleures.

Étrangement, on passe sous silence tout ce qui rend le vin suisse difficilement concurrentiel. À savoir ce qui pèse sur une grande partie de l’économie suisse. La cherté des coûts de production et le franc fort. On parle peu des moyens colossaux des pays voisins pour exporter hors Union européenne. La Suisse devient ainsi le dixième pays importateur en valeur absolue.

À la dénormalisation de la consommation du vin, qui fragilise la viticulture suisse et mondiale, s’ajoute la normalisation rampante du positionnement des vins étrangers dans le quotidien du citoyen suisse. Une partie de l’HoReCa n’y échappe pas, pas plus que certaines manifestations nationales soutenues par les pouvoirs publics. Les marges réalisées sur les vins étrangers n’y sont pas étrangères.

Face au risque d’une viticulture ne pouvant plus rémunérer ses producteurs, la branche production a demandé, sous l’impulsion de l’ASVEI et en accord avec le conseiller fédéral Guy Parmelin, de modifier les critères d’attribution des contingents d’importation, en abandonnant le système du lévrier au profit d’une prestation en faveur de la production indigène. Cela a déjà été fait pour la viande rouge, sans quoi la production indigène aurait été réduite comme peau de chagrin.

Dès l’ouverture de la consultation, j’entends sur les ondes de Radio SRF 4 un vendeur de vin évoquer une « Katastrophe ». Les si connus et délicieux Chasselas, Petite Arvine, et autres spécialités mondialement reconnues, ne devraient avoir aucun problème à se vendre, surtout à l’export. Selon lui, la modification de l’ordonnance ne servirait ainsi qu’à écouler le vin des mauvais vignerons. C’est mal connaître le maillage de la production suisse et ses canaux de valorisation. Son site internet ne propose que 6 vins suisses sur 167 références. Tout est dit. Il défendra son os et ne sera pas le seul. Nous défendrons le nôtre. La diversité et la qualité des vins suisses méritent cela.

Il ne s’agit pas seulement de préserver le revenu de nombreuses familles suisses, mais aussi de conserver un patrimoine paysager, touristique et culinaire interconnecté de ce côté de la Sarine.

Face à l’adversité, la branche viticole serait bien inspirée de parler d’une seule voix lors de la procédure de consultation, sous peine de dérouler un nouveau tapis rouge aux importations.