Audrey Nguyên, Directrice de l’Union fruitière lémanique (UFL)

CONSERVER, INNOVER, VALORISER : FAIRE PERCER PLUS DE BONNES VARIÉTÉS SUR LE MARCHÉ

Audrey Nguyên,
Directrice de l’Union fruitière lémanique (UFL)

Le dossier de la présente édition met en lumière l’ouverture du conservatoire des espèces fruitières de Saint-Maurice. Cette initiative, née de la production arboricole et menée avec succès, témoigne de l’attachement de la profession à son patrimoine génétique et à ce qui a constitué son terroir. Parallèlement à la conservation des variétés anciennes et des connaissances qui y sont liées, se pose l’enjeu stratégique du développement variétal : avec quelles espèces et quelles variétés fruitières composer les vergers de production de demain ?

Le développement de nouvelles variétés est un des leviers identifiés pour accompagner les conditions évolutives de la culture fruitière, tant pour l’amélioration de la qualité des fruits que pour l’optimisation des propriétés agronomiques des vergers. À l’échelle mondiale, des programmes de sélection recherchent des fruits capables de s’adapter à des conditions climatiques changeantes, afin d’optimiser et sécuriser la production locale, tout en répondant aux objectifs de réduction des produits de protection des plantes.

Au-delà d’une résistance accrue aux maladies, à la sécheresse ou au gel, les fruits doivent présenter des caractéristiques propres au succès de leur mise en marché. Offrir des qualités logistiques et des attraits gustatifs suffisamment percutants pour séduire le consommateur constitue un prérequis. Derrière cette exigence, la finalité reste pour le producteur de voir sa récolte valorisée, dans un contexte où les débouchés dépendent fortement des acteurs de la commercialisation et où peu de variétés accèdent réellement aux étals.

Si l’on prend l’exemple des pommes, il faut, pour une variété ayant rempli les critères précédemment cités, une bonne vingtaine d’années pour s’implanter sur le marché du commerce de détail. On peut espérer un raccourci, parfois permis par le processus de commercialisation développé autour des variétés « Club » (Jazz, Pink Lady, Tentation, etc.). Or la mise en place de ces variétés Club reste un modèle coûteux. Actuellement, les pommes Bonita et Bloss sont en phase test d’introduction sur le marché. Elles ont déjà été mises au contact du consommateur à travers des opérations de découverte saisonnière en magasin. Toutes deux sont bonnes gustativement. Elles présentent aussi l’avantage d’une conservation solide sur toute la chaîne logistique depuis le verger jusque chez le consommateur. Il est à espérer que les prochaines années refléteront une intégration réussie.

Jusqu’à présent, avoir une bonne variété ne suffit pas : sans débouché porté par la filière, elle a peu de valeur pour l’arboriculteur. C’est un point sur lequel un progrès majeur est attendu entre production, sélection et commercialisation. Partager les connaissances, tester en amont, aligner les attentes du marché et les réalités du terrain pour garantir les débouchés : la production est prête à orienter plus collectivement les choix variétaux, si cela lui accorde une plus grande sécurité dans la vente de ses fruits.

 

Partager cet article