En mars dernier, Genève a vu défiler les tracteurs des vignerons en colère : une mobilisation inédite qui ouvre un bras de fer politique.

Arrachage : les vignerons genevois haussent le ton

TEXTE  MAGALY MAVILIA

Tracteurs dans les rues, mobilisation inédite et préparation d’une montée à Berne fin avril : la fronde contre l’arrachage des vignes ne faiblit pas. À la tête des encaveurs indépendants, Willy Cretegny dénonce une fausse solution et appelle à un changement de cap.

À Genève, la colère gronde. En mars, les tracteurs ont défilé en ville à trois reprises. Et la suite, « c’est Berne », avertit Willy Cretegny, président des vignerons‑encaveurs genevois (ASVEI), prêt à « aller au rapport de force pour se faire entendre ».

 

© Chris Heeney

« On ne donne pas d’argent à l’industrie pour démolir ses usines. Pourquoi le faire pour la viticulture ? »

Willy Cretegny, Président de l’ASVEI

Les vignerons-encaveurs disent clairement non à l’arrachage de vignes visant à réduire la production et à faire place aux vins étrangers. « On ne donne pas d’argent à l’industrie pour démolir ses usines. Pourquoi le faire pour la viticulture ? », relève le vigneron-encaveur. Pour lui, le diagnostic est erroné. « On parle de surproduction, mais la production suisse couvre seulement 30 % de la consommation. Le problème, c’est la mévente et la baisse de consommation. » Dans son viseur : les importations. « Ce n’est pas à la production de diminuer, c’est l’importation qui doit être le variable. Aujourd’hui, elle nous fait énormément de tort en termes de prix. » Selon lui, arracher des ceps ne résoudra rien. « À la fin de l’été, on aura arraché des vignes, mais on n’aura pas réglé le problème. Les caves sont pleines et la liquidité manque. Et comment fera-t‑on pour rentrer la récolte 2026 ? »

ARTICLE 22 : LE POINT DE RUPTURE

Au niveau fédéral, la mise en œuvre de l’article 22, alinéa 2, lettre b LAgr (prestation liant importations et achats indigènes) est à l’examen. « Malheureuse­ment, l’OFAG et le SECO, avec l’accord de VignobleSuisse et de l’IVVS, ont retenu uniquement l’achat de raisin comme prestation », déplore Willy Cretegny. « Cette décision, qui divise la profession, exclut les vignerons-encaveurs qui vendent leur production uniquement en vin. » De plus, elle exclut « une grande partie du commerce, notamment les grandes surfaces ». L’ASVEI s’oppose au projet, a demandé un avis de droit pour consolider sa position et obtenir une prestation en faveur de toute la production, et plaide pour des mesures de soutien. « Il faut maintenir les compétences et le potentiel de production pendant la crise pour pouvoir redémarrer ensuite. » Il évoque une aide cantonale à l’entretien des vignes, de l’ordre de 18 000 francs par hectare.

Au‑delà de l’économie, il y voit un enjeu humain. « Beaucoup de jeunes ont repris des domaines. Ce n’est pas un message constructif de leur dire d’arracher. »

 

En mars dernier, Genève a vu défiler les tracteurs des vignerons en colère : une mobilisation inédite qui ouvre un bras de fer politique.
LDD

 

En mars dernier, Genève a vu défiler les tracteurs des vignerons en colère : une mobilisation inédite qui ouvre un bras de fer politique.
En mars dernier, Genève a vu défiler les tracteurs des vignerons en colère : une mobilisation inédite qui ouvre un bras de fer politique. LDD

 

UN ENJEU QUI DÉPASSE GENÈVE

Le débat dépasse Genève et touche à la politique agricole suisse. Face aux députés genevois appelés à trancher, Willy Cretegny insiste : « Soit les autorités nous aident en permanence, soit elles créent les conditions-cadres nécessaires à la rentabilité de nos exploitations. »

 

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